La marqueterie, un art ancien au cœur du tablier de backgammon

La plupart des joueurs de backgammon ne pensent jamais au tablier. Ils pensent aux dés, au prochain coup, à l’adversaire de l’autre côté de la table. Le tablier, pourtant, fait tout ce temps un travail discret. Ses longs triangles guident l’œil autour de l’aire de jeu. Ses couleurs indiquent, sans compter, où finit une flèche et où commence la suivante. Et sur un tablier Manopoulos, la façon dont ces couleurs sont obtenues prend racine dans l’un des plus anciens arts décoratifs du mobilier européen : la marqueterie.

Qu’est-ce que la marqueterie ?

La marqueterie est l’art de composer une image ou un motif avec des pièces de placage. Le placage, c’est du bois tranché très fin, assez fin pour être découpé au couteau ou à la scie fine. L’artisan choisit les essences pour leur couleur et leur fil, découpe chaque pièce à la forme voulue et les ajuste bord à bord, comme un casse-tête sans le moindre jour. La feuille ainsi composée est ensuite posée sur un support massif, pressée, puis finie pour que la surface se lise comme un seul plan parfaitement lisse.

Manopoulos la décrit simplement comme un art qui s’est épanoui en Europe au XVIe siècle. Les ébénistes l’employaient sur les tables, les coffres et les cabinets pour créer des fleurs, des paysages et des motifs géométriques à partir des seules couleurs naturelles de différents arbres. Ni peinture ni teinture : le contraste vient du bois lui-même.

Il vaut la peine de distinguer la marqueterie de deux proches parentes. L’incrustation insère des pièces d’une matière dans des cavités creusées dans une autre surface, massive. Le parquet, mot familier des planchers, applique les méthodes de la marqueterie à des motifs strictement géométriques. Le tablier de backgammon se situe aisément entre les deux : géométrique dans sa disposition, mais fait dans l’esprit de la marqueterie, avec des bois choisis et assortis pour leur effet côte à côte.

Pourquoi le tablier de backgammon s’y prête

Observez la disposition d’un tablier de backgammon et vous comprendrez pourquoi les deux vont ensemble. Il compte 24 flèches, douze de chaque côté, chacune en forme de long triangle étroit. Elles alternent de couleur. Elles rejoignent une barre centrale qui divise l’aire de jeu en quatre quarts. Chaque joueur fait parcourir ce circuit à 15 pions, et tout le dessin existe pour que ce parcours se lise d’un coup d’œil.

C’est exactement le genre de problème que la marqueterie résout bien. Deux bois de tons nettement différents, découpés en triangles précis et posés sur un troisième bois pour le fond, donnent un tablier à la fois fonctionnel et beau. Le contraste doit être assez marqué pour se lire dans la pénombre en fin de soirée, sans être dur au point de fatiguer l’œil. Le choix des bois est la première décision de conception, et sur un tablier, c’est aussi la plus visible.

Lire les essences

La gamme Manopoulos travaille avec une courte liste d’essences, chacune avec son caractère.

  • Le chêne est clair, à fil ouvert, d’un ton chaud couleur de miel. Il éclaircit un tablier et lui donne de la légèreté.
  • Le noyer va du brun moyen au brun foncé, souvent avec un veinage doux et ondulé. C’est le bois de meuble classique de l’Europe, d’une tradition discrète.
  • Le wengé est très foncé, presque noir, avec de fines lignes droites. Il donne au tablier un air graphique et moderne.
  • L’acajou a une chaleur rougeâtre qui s’approfondit avec le temps. Il évoque les vieilles bibliothèques et les cabines de navire.

Le tablier Chêne-Noyer présenté avec cette histoire associe la plus claire de ces essences à l’une des plus foncées : un fond de chêne avec des flèches noires et noyer. Le résultat est lumineux et ouvert, les flèches se détachant nettement sur le fond pâle. Ses frères reprennent le même vocabulaire autrement. Le tablier Noyer porte des flèches noires et chêne sur fond de noyer ; le tablier Wengé pose des flèches noyer et chêne sur le wengé ; le tablier Acajou présente des flèches noires et chêne sur l’acajou.

La main et la machine à Thèbes

Depuis 2000, Manopoulos travaille dans une usine de Thèbes, en Béotie, qui a couronné un long programme de modernisation technologique. La maison n’a pas profité de ce moment pour abandonner le travail manuel. Les techniques traditionnelles sont conservées aux côtés de la production moderne, et chacune est employée là où elle a le plus de sens.

La découpe de précision et la répétition reviennent à la machine. Le jugement revient à la main : quelle feuille de placage utiliser, dans quel sens faire courir le fil, si un joint est net, si la finition est juste. Les tabliers sont découpés, plaqués et finis à la main dans l’atelier de Thèbes, puis dotés de charnières et d’un fermoir au fini laiton, afin que le coffret se referme sur ses pièces.

La gamme est fabriquée de deux façons, et il vaut la peine de bien distinguer. Les éditions limitées sont en véritable placage marqueté, produites en petite quantité. Les tabliers réplique, dont le Chêne-Noyer, sont des coffrets plaqués dont l’aire de jeu est imprimée et scellée. Ils reproduisent la disposition classique de la marqueterie sur une surface lisse et durable, conçue pour encaisser des milliers de lancers de dés et le glissement constant des pions. Pour un tablier qui servira chaque semaine, cette durabilité est un véritable avantage.

L’imperfection comme signature

Manopoulos est franc sur un point qui surprend certains acheteurs. Le bois naturel ne peut être exempt d’imperfections. Le fil court de façon irrégulière. Les teintes varient d’une feuille de placage à l’autre, et d’un tablier à l’autre pour un même modèle. La maison y voit une part du caractère de la matière et une preuve de son authenticité.

C’est aussi la vieille logique de la marqueterie. L’artisan n’a jamais travaillé une matière uniforme. Il travaillait des arbres, tous différents, et son talent consistait à faire de cette diversité un motif cohérent. Un tablier dont un quart est un peu plus foncé, ou qui montre un nœud de veinage près de la barre, n’est pas une erreur. Il rappelle que la surface sur laquelle vous jouez a d’abord poussé.

Choisir son motif

El Laguito Cigars propose la gamme de backgammon Manopoulos et la livre partout au Canada. Les tabliers réplique existent en Chêne-Noyer, en Noyer et en Wengé en quatre formats, et en Acajou dans le plus grand format. Chaque jeu comprend 30 pions en bois et deux dés, avec des gobelets sur les deux plus grands formats.

Si l’allure de l’ancien métier vous attire, commencez par la couleur. Le Chêne-Noyer pour la clarté, le Noyer pour la tradition, le Wengé pour le contraste, l’Acajou pour la chaleur. Si vous voulez voir la marqueterie à son plus ambitieux, les éditions limitées en loupe et nacre et en tronc de noyer ont leur propre histoire plus loin dans ce journal. Et une fois votre tablier à la maison, l’histoire consacrée à l’entretien d’un plateau de jeu en bois vous aidera à en garder les couleurs nettes pour longtemps.