Coulés dans le métal : les échecs byzantins et spartiates
La plupart des jeux d’échecs sont sculptés ou tournés. Les jeux en métal de Manopoulos, eux, sont coulés. Cette seule différence change presque tout : le poids d’une pièce dans la main, le détail d’un casque ou d’une couronne, la façon dont la lumière glisse sur un échiquier en laiton. Elle nous ramène aussi aux tout débuts de la maison, car avant de fabriquer le moindre plateau de backgammon, Manopoulos a fabriqué des pièces d’échecs en métal.
Au commencement, le bronze
Costas Manopoulos avait 21 ans et étudiait dans une université d’art lorsqu’il réalisa ses premières figurines d’échecs. Elles étaient coulées en bronze, pour une exposition de jeunes talents à l’Université d’Athènes. L’accueil fut tel qu’il ouvrit une petite boutique dans le centre d’Athènes et se mit à vendre une quantité limitée de jeux d’échecs et de backgammon faits main. La demande des propriétaires de boutiques de cadeaux le poussa bientôt à créer son propre atelier, et la devise que la maison emploie encore — fait main en Grèce depuis 1970 — est née de ces premières années.
Plus d’un demi-siècle plus tard, Manopoulos S.A. se présente comme un fabricant intégré de jeux d’échecs historiques en métal et de backgammons traditionnels faits main, qui exporte dans le monde entier depuis son usine de Thèbes, en Béotie. Les pièces en métal ne sont pas une activité secondaire greffée sur un métier du bois. C’est par elles que l’histoire commence, et elles restent l’une des deux spécialités qui font la réputation de la maison.
Ce que change la fonte
Une pièce d’échecs en bois naît de la matière qu’on enlève. Le tour façonne le corps, le sculpteur taille la tête du cavalier, et la forme reste limitée par le fil du bois et par ce qu’un outil peut atteindre. Une pièce coulée procède à l’inverse. Le métal prend la forme d’un moule, et un moule peut retenir des détails qu’il serait difficile, voire impossible, de sculpter à si petite échelle : le rebord d’un bouclier, le pli d’une cape, le cimier d’un casque, les pierres d’une couronne.
La fonte n’est que la première étape. Chaque pièce Manopoulos est ensuite finie et patinée à la main en Grèce. La patine, c’est la coloration maîtrisée d’une surface métallique, et c’est d’elle qu’un jeu tient son caractère. La finition à la main fait ressortir le relief, assombrit les creux et éclaire les saillies, si bien qu’une figurine de quelques centimètres se lit nettement d’un bout à l’autre de la table. Aucune pièce ne prend la patine exactement de la même manière, et cette légère variation est l’une des marques du travail fait main.
Le métal apporte aussi du poids. Une pièce coulée tient fermement sur sa case et ne glisse pas quand une manche la frôle. Elle a de la présence quand on la soulève et produit un son discret et net quand on la repose. Pour bien des joueurs, cette sensation fait la moitié du plaisir de la partie.
Les deux jeux à thème présentés ici associent leurs figurines à un échiquier en laiton fait main, serti dans un coffret en bois. Le laiton fait écho aux pièces ; le bois encadre l’échiquier et lui donne de la chaleur. Le résultat tient moins du jeu qu’on range après la partie que de l’objet qui reste en vue dans la maison.
Le jeu Empire byzantin
Pendant environ mille ans après la chute de Rome en Occident, l’Empire romain d’Orient — Byzance — a régné depuis Constantinople. De langue grecque, profondément cérémoniel, il est célèbre pour ses mosaïques dorées, ses icônes et sa cour. Le jeu Empire byzantin transporte ce monde sur l’échiquier : empereurs, impératrices et soldats byzantins forment les deux armées, chaque figurine étant coulée et finie avec le type d’ornement propre à l’époque.
C’est le plus compact des jeux à thème de Manopoulos. L’échiquier en laiton mesure 20 × 20 cm et le roi, 3,5 cm de haut. Il se décline en trois finitions : or et argent, bleu et laiton, ou laiton et or. Sa taille fait partie de son charme. Il trouve naturellement sa place sur un bureau, une étagère ou une petite table près d’un fauteuil de lecture, et c’est le genre de jeu qu’on prend en main pour le regarder aussi souvent que pour y jouer.
Le jeu Guerrier spartiate
Sparte, dans le Péloponnèse, incarne la discipline et le courage depuis deux mille cinq cents ans. Ses citoyens-soldats, les hoplites, combattaient en formation serrée derrière leurs boucliers ronds, coiffés de casques à cimier et armés de longues lances ; ils comptent parmi les figures les plus reconnaissables du monde grec antique. Le jeu Guerrier spartiate leur offre un échiquier à eux : hoplites, rois et armées de Sparte, coulés dans le métal.
C’est le plus grand des deux jeux. L’échiquier en laiton mesure 28 × 28 cm, le roi 5,4 cm de haut, et les finitions sont or et argent ou bleu et laiton. Cette échelle plus généreuse laisse plus de place aux détails et rend la partie plus confortable quand deux joueurs s’assoient pour jouer sérieusement. Il y a d’ailleurs une certaine logique à bâtir un jeu d’échecs autour de soldats. Les échecs ont toujours été une bataille en miniature, et les Spartiates font des pions très convaincants.
Choisir entre les deux
Les deux jeux partagent le même savoir-faire et la même construction en laiton et en bois ; le choix se résume donc souvent à quatre questions.
- L’espace. Le jeu byzantin convient à un bureau ou à une petite table. Le jeu spartiate demande un peu plus de place et la récompense.
- Le jeu. S’il doit servir souvent, les pièces spartiates, plus grandes, sont plus faciles à manier et à reconnaître d’un coup d’œil. S’il doit être admiré plus que joué, le jeu byzantin, compact, s’impose naturellement.
- La finition. L’or et l’argent forment le contraste classique. Le bleu et le laiton sont plus frais et plus inattendus. Le jeu byzantin ajoute le laiton et l’or, la plus chaleureuse des trois.
- L’histoire. Certains sont attirés par la cour de Constantinople, d’autres par les hoplites de Sparte. Ce sont deux histoires grecques, racontées par un atelier grec.
Vivre avec un jeu en métal
Un jeu d’échecs en métal demande très peu. Époussetez les pièces et l’échiquier avec un chiffon sec et doux. Évitez l’eau, les vaporisateurs ménagers et les produits à polir les métaux : la patine fait partie de la finition, et il vaut mieux la laisser vieillir doucement que la décaper. Gardez le coffret en bois à l’abri du soleil direct et loin des appareils de chauffage, comme toute belle pièce de bois. L’article de ce journal consacré à l’entretien d’un plateau de jeu en bois donne plus de détails.
El Laguito Cigars propose les jeux Empire byzantin et Guerrier spartiate et les livre partout au Canada. Chacun quitte l’atelier Manopoulos dans son emballage d’origine et porte la marque Manopoulos. Pour aller plus loin, le jeu Staunton en métal édition limitée, avec ses éléments de nacre, représente le sommet de la gamme métal ; il fait l’objet de l’article de décembre de ce journal. Mais c’est ici qu’il faut commencer, avec une petite armée de figurines coulées sur un échiquier en laiton — l’idée même qu’un jeune étudiant en art d’Athènes avait eue avec ses premières pièces en bronze.

